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 Sentinelle

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Oreste Murena

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Messages : 76
Date d'inscription : 04/08/2014
Age : 37
Localisation : Gré de ses pérégrinations

MessageSujet: Sentinelle   Lun 18 Aoû - 9:05

(Je n'aime pas voir de rubriques vide, alors je vais poster ici une vieille nouvelle à moi, très spéciale.)

Un grattement. Long, semblable au crissement de la craie sur un tableau. Un grognement. Sourd, comme celui d’une bête a l’agonie. Un cri. Celui d’une pure expression de terreur. Un effondrement. Du bois s’écrasant au sol, dans un fracas sonore. Une course. Une fuite effrénée, comme si la mort personnifiée se trouvait là. Un silence. Un vide troublant, un blanc révélateur. Une goutte. Celle-ci coulant sur le sol, dans un rythme lent et dépressif. Et enfin un bruit de succion… Celui d’un animal qui se repaît, fort de sa nouvelle prise, de sa proie.

Un événement anodin, car maintes fois répété durant ces dernières semaines. Et tout ceux qui en furent cible virent grossir les rangs d’une légion décharnée et stigmatisée par la mort. Elle hante les rues tel un fantôme inlassable, happant les âmes des pauvres hères qui s’en approche, à tord, de trop. Il est inutile de s’y débattre, car la mort survint à la moindre blessure, entraînant un long processus, inéductable et douloureux… Comme un châtiment divin, s’abattant sur l’humanité. Mais Dieu, dans son infinie miséricorde, n’infligerait pas tel tourment, de si grands tords, à sa création. Celle-ci fait sa fierté, et pourtant subsiste en écrasant les autres races, grâce a son génie.
Mais qui suis-je pour émettre un jugement sur le Tout-Puissant ? Je ne suis qu’un humble chroniqueur, survivant dans un espace totalement clos. Je vis là, reclus, depuis les débuts de cette catastrophe.
J’ai été aux premières loges pour constater la déchéance de cette race qui est la notre. Tomber… Puis se relever… Une chaîne sans fin qui se répète inlassablement. Et je reste là, inactif et espérant survivre a ce cauchemar. Mais… Je les entends gratter constamment a ma porte, nuits et jours. Je peux ouïr leurs gémissements, à toute heure. C’est comme une musique de fond, constante et répétitive, nous faisant basculer peu a peu dans la folie. Je sens presque leurs mains posées a même ma nuque… Le raclement de leur dents sur ma chair… Leur regard vide, tandis qu’ils remplissent leur sombre office… Tout cela n’est pas réel… Ils ne sont pas encore là.
Mais ces sensations mettent mes nerfs a fleur de peau. Ce ne sont que des idées. Des idées. Des appréhensions. Dieux, je ne conserve ma santé mentale que grâce à ces feuilles. J’écris, pour oublier ces bruits. J’écris, pour oublier ces présences. J’écris, pour oublier le fait que, tôt ou tard, cette porte sortira de ses gonds, craquera… Mais… Je m’égare, et mon esprit doit rester ancré sur les seules choses réelles qu’il me reste. La sensation du papier sur ma main me rassure… Et raconter ces faits leur donne une dimension irréelle.

Je me rappelle de ce monde d’autrefois. Où la peur ne se concrétisait que par de petites perturbations dans nos habitudes. Nous étions secouées comme un bateau en pleine tempête, à la moindre brise. Mais le plus terrible était que nous vivions contre et non pour les autres…
Notre race, non contente de s’entre-déchirer dans des guerres insensées sous des prétextes bancaux, s’évertuait également à détruire ce monde dans lequel nous vivions. Une exploitation indécente, abusive et exponentielle. Sans limites.
Je hais cet ancien monde. Je hais ce nouveau monde. Je ne sais que faire… Je ne veux pas rejoindre cette légion… Mais je n’ai même pas le courage de me suicider. J’ai peur de la mort, je suis un lâche. Enfermé, comme le couard que j’ai toujours été. Il est aisé de critiquer… Mais je ne sais pas ce que je vais devenir. Je ne sais plus. Je ne suis plus certain de rien. Je refuse de me relever à leurs cotés, pour ainsi tuer des gens qui me ressemblent. Qui étaient mes frères, autrefois. Il n’y a aucun bon choix. Le moins terrible est de rester a vivre ici, dans une menace constante, mais a l’abri tant que cette porte subsistera. Cela peut être une heure… Comme une semaine… Un mois… Ou une année. J’ai eus l’intelligence, lors du début de la catastrophe, de me munir de nourriture déshydratée, et de litres d’eau. Il a existé suffisamment d’œuvres de fiction basée sur ce sujet pour que nous soyons prêts, et que nous sachions quoi faire. Supposition stupide. Cette humanité n’a pas duré. En l’espace de quelques semaines, il n’en reste presque plus rien… Mis a part eux. Encore eux. Toujours eux. Si seulement il était possible de revenir en arrière… Je me contredis en peu de temps, mais tout est préférable que de vivre dans ces conditions. On ne parle pas de vie, mais de survie.

… Ma porte craque. Je l’entends se fissurer, tandis qu’ils redoublent de renaclement, et de gémissements. Comme des animaux. Leurs halètements se rapproche… Ma porte est donc tombée… Je pourrais tenter de fuir, leur lenteur me le permettrait peut être. Mes entrailles se nouent… J’ai peur de bouger. J’ai peur de faire du bruit. Je prends conscience que ces mots sont les derniers que j’écrirais. Ils arrivent, pour me prendre. Pour me rallier à eux… Et je suis là, a ne savoir que dire face a la mort… L’instant crucial de ma vie… Des mots qui me résumeront.

Dieu, si tu existes. Prend conscience de ce que tu as fais. Prend conscience du mal que ta création a causé depuis sa naissance. Cette chose est peut être de ta volonté. Dans ce cas, lis mon bien. Quelle est cette perversion que t’habite, pour que chaque invention de ta part, soit de mal en pis ?



(Oui, j'aime bien écrire sur Dieu.)

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